Publié le - Mis à jour le 02/08/2013 à 09:52

Branchés musique : insaisissable Barnabé Mons, champion du bizarre et du déjanté

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Producteurs, créateurs de labels, patrons de studios, organisateurs de concerts, touche-à-tout… La métropole fourmille de passionnés animant des projets singuliers. Nous partons à leur rencontre cet été. Aujourd’hui, le protéiforme Lillois Barnabé Mons, aussi à l’aise en rockeur cramé qu’en exégète du catch ou en écrivain olé, olé.


Il râle en se passant la main dans les cheveux. «  Tu peux pas savoir comment c’est la galère, j’ai même pas de quoi payer le café. » Lorsqu’on rencontre Barnabé Mons, le premier morceau du puzzle qui gicle à la figure est celui du rockeur (il ressemble d’ailleurs au chanteur du groupe américain The Brian Jonestown Massacre, sans doute l’un des types le plus barrés du circuit) : voix rauque, yeux rouges, touche dandy et, à l’entendre, porte-monnaie irrémédiablement vide. Mais ce n’est qu’un infime pixel composant une identité tellement azimutée qu’on pourrait légitimement s’interroger sur la véracité d’une telle geste. Sur son CV long comme un rouleau de Jack Kerouac, il y a : chanteur de rock dans une palanquée de combos, donc, mais aussi commissaire d’expo, écrivain érotique (il dit «  pornographique, disons les choses comme elles sont  »), organisateur d’événements polymorphes associant rock, majorettes et catcheurs, conférencier, animateur d’ateliers…

Pénis moulé d’Hendrix

Le genre d’hurluberlu qui peut en l’espace de cinq minutes raconter qu’il a «  cassé la gueule au producteur de Dylan et Iggy Pop  » (Malcolm Burn) avec lequel il était allé enregistrer de la musique pour sa sœur, Chloé, veuve d’Alain Bashung, en Inde. C’est vrai. Puis qu’il va bientôt exposer «  pour la première fois en France le pénis moulé de Jimi Hendrix », pour les besoins d’une exposition sur les objets du rock détournés par les fans. Vrai aussi. «  Ça fait trop de truc, j’ai la tête qui explose et c’est la galère, souffle-t-il de sa voix éraillée. Le problème avec les métiers où tu t’amuses, c’est que tu n’es pas payé. On te prend pas au sérieux. Tout ce que je fais n’a jamais été payé au juste prix.  »

L’une des premières choses qui a fait connaître Barnabé Mons est l’exposition « Kitsch Catch », présentée il y a près de dix ans lors de l’ouverture de la Maison Folie de Wazemmes. Le catch, c’est la première religion du Lillois de 38 ans, collectionneur invétéré d’affiches exhibant, cite-t-il, L’Ours de l’Oural, La Bête humaine, et organisateur régulier de combats. «  C’est une passion. Il y a une espèce de crétinerie encore plus assumée que dans le rock. Le catch passe à la moulinette tous les clichés de la société.    » Son deuxième amour, c’est la musique. Il anime depuis dix ans Sheeta et les Weissmüller (actuellement en sommeil), apparaît dans le sud ou en Allemagne sous l’alias The Gentlemen’s Agreements. Ces vingt dernières années, il était aussi au générique des Spectres, de Barnum, des Rippers. «  J’ai commencé à faire de la musique pour jouer avec les Cramps, et je l’ai fait  !  », se marre-t-il, pas peu fier. Vrai aussi : il s’est produit en première partie du groupe culte américain il y a une quinzaine d’années, à l’Aéronef.

Gendarme

Ce fascinant caméléon a également participé au montage de l’exposition « Corps Subtils », présentée actuellement au LaM de Villeneuve-d’Ascq, compilant les collections d’art indien et d’art brut de son père, Philippe Mons. Tout ça en jette. Mais il est un projet qui fait encore plus vibrer Barnabé Mons. Le Lillois anime des ateliers musique, en Belgique, avec des trisomiques. «  C’est l’un de mes projets les plus novateurs. On retrouve l’esprit primal du rock’n’roll, on s’éclate, c’est grave  !  » Il le jure : «  J’ai essayé de faire de trucs normaux, mais je devenais dingue.  » Après un DEA d’ethnologie, il n’a pas fait de vieux os en tant que chargé de cours à la fac… Bien sûr, lorsqu’il assène : «  Je me demande si je ne vais pas faire gendarme ou douanier, ce serait assez provoc’  », il ne faut pas le prendre au sérieux. Quoique.


Nord Eclair

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